Le brasage représente l'étape la plus critique de l'assemblage PCB : plus de 50 % des défauts de fabrication sont directement liés au procédé de soudure. Qu'il s'agisse de refusion pour les composants CMS, de brasage à la vague pour les traversants, ou de soudure sélective pour les cartes mixtes, chaque technique répond à des contraintes spécifiques de conception, de volume et de fiabilité.
Un profil thermique mal réglé, une pâte à braser inadaptée ou un flux insuffisant peuvent transformer une carte parfaitement conçue en rebut. Ce guide décrypte les quatre grandes techniques de brasage, leurs paramètres critiques, les défauts associés et les critères pour choisir le procédé adapté à votre projet.
Ce que vous allez apprendre :
- Le fonctionnement détaillé de la refusion, de la vague et de la soudure sélective
- Les profils thermiques optimaux et leurs 4 zones critiques
- Les 10 défauts de brasage les plus courants et comment les éviter
- Les critères de choix entre refusion, vague et sélectif selon votre projet
Brasage par Refusion (Reflow) : Le Standard SMT
Le brasage par refusion est la technique dominante pour l'assemblage des composants montés en surface (CMS/SMT). Le principe : une pâte à braser (mélange d'alliage en poudre et de flux) est déposée sur les pads du PCB par sérigraphie, les composants sont placés par des machines pick-and-place, puis la carte passe dans un four de refusion où la pâte fond pour former des joints de soudure permanents.
Selon la norme IPC J-STD-001, le brasage par refusion doit respecter un profil thermique précis pour garantir la formation de joints conformes. La transition vers les alliages sans plomb (SAC305, SAC387) a rendu cette maîtrise encore plus critique, avec des températures de fusion plus élevées (217–227 °C contre 183 °C pour le Sn63/Pb37).
217-260 °C
Température de refusion
Zone de pic pour alliages sans plomb
4-8 min
Durée totale du profil
De l’entrée à la sortie du four
60-90 s
TAL (Time Above Liquidus)
Durée au-dessus du point de fusion
2-4 °C/s
Rampe de montée
Vitesse de chauffage optimale
Les 4 Zones du Profil de Refusion
Le profil thermique de refusion comporte quatre zones distinctes, chacune avec un rôle précis. Un écart de quelques degrés ou secondes peut provoquer des défauts majeurs : tombstones, billes de soudure ou joints froids.
Zone de préchauffage (25 → 150 °C)
Montée progressive à 1–3 °C/s. Active le flux, évite le choc thermique sur les composants et le PCB. Un préchauffage trop rapide provoque des micro-fissures dans les condensateurs céramiques MLCC et peut projeter la pâte à braser hors des pads.
Zone de stabilisation (150–200 °C)
Pallier de 60–90 s pour homogénéiser la température sur toute la carte. Réduit le ΔT (différence de température) entre composants légers et lourds. L’IPC recommande un ΔT max de 10 °C entre le point le plus chaud et le plus froid.
Zone de refusion (217–260 °C)
La pâte à braser fond et mouille les pads et les terminaisons des composants. Le TAL (Time Above Liquidus) doit être de 60–90 s pour les alliages SAC. Un TAL trop court : mouillage insuffisant. Trop long : formation de composés intermétalliques fragiles (IMC).
Zone de refroidissement (260 → 25 °C)
Refroidissement contrôlé à 2–4 °C/s. Un refroidissement trop rapide provoque des fissures de fatigue thermique. Trop lent : croissance excessive des IMC et joints granuleux. L’aspect mat des joints sans plomb est normal (contrairement au brillant du Sn/Pb).
"Le profil thermique est l'ADN du brasage. Chez WellPCB, nous mesurons systématiquement le profil réel avec des thermocouples sur les points critiques de chaque nouveau design : le composant le plus massif, le BGA le plus fin, et les coins de la carte. Un écart de 5 °C entre le profil théorique et le profil mesuré déclenche une requalification. C'est cette rigueur qui nous permet de maintenir un taux de défauts de brasage inférieur à 50 DPMO."
Hommer Zhao
Directeur Technique, WellPCB

Ligne SMT complète : sérigraphie, placement, four de refusion et inspection AOI intégrée
Brasage à la Vague (Wave Soldering) : La Référence THT
Le brasage à la vague est le procédé historique pour souder les composants traversants (THT). La carte, composants insérés côté supérieur, passe au-dessus d'une vague de soudure en fusion. Les leads qui dépassent côté inférieur sont mouillés par la soudure liquide, formant des joints traversants robustes.
Le processus se décompose en trois étapes : le fluxage (application d'un flux liquide par spray ou mousse pour nettoyer les surfaces), le préchauffage (90–130 °C pour activer le flux et réduire le choc thermique), puis le contact avec la vague de soudure (à 250–260 °C pour le sans plomb). Le brasage à la vague reste essentiel pour les assemblages traversants avec connecteurs, transformateurs et composants de puissance.
Vague simple (Lambda)
Une seule vague laminaire. Simple et économique. Convient aux cartes à faible densité avec des composants THT espacés. Risque de ponts de soudure sur les pas fins. Peu adaptée aux cartes mixtes SMT/THT.
Double vague (Chip + Lambda)
Première vague turbulente (chip wave) pour le mouillage des CMS côté inférieur, suivie d’une vague laminaire pour la finition. Réduit les ponts de soudure. Indispensable pour les cartes mixtes avec CMS collés côté soudure.
Atmosphère azote
Injection d’azote (N₂) pour créer une atmosphère inerte autour de la vague. Réduit l’oxydation de la soudure, améliore le mouillage et diminue la formation de dross (scories). Particulièrement bénéfique avec les alliages sans plomb.
Contrôle des paramètres
Température de soudure, hauteur de vague, vitesse du convoyeur, angle d’inclinaison (3–7°), et débit de flux. Chaque paramètre affecte la qualité des joints. Le réglage initial prend 2–4 heures pour un nouveau produit.
Brasage Sélectif : La Précision pour les Cartes Mixtes
Le brasage sélectif est la réponse technologique aux cartes modernes qui combinent CMS et traversants. Au lieu d'exposer toute la face inférieure à une vague de soudure (risquant d'endommager les CMS déjà soudés par refusion), une buse programmable dépose la soudure uniquement sur les joints ciblés.
Le processus est entièrement programmé : chaque joint reçoit des paramètres individuels (temps de contact, débit de soudure, vitesse de déplacement). Les machines modernes utilisent un système de mini-vague ou de goutte-à-goutte avec protection azote. La précision de positionnement atteint ±0,1 mm, permettant de souder un connecteur à 2 mm d'un composant BGA sans risque.
Fluxage localisé
Un micro-spray dépose le flux uniquement sur les pads à souder. Évite la contamination des zones CMS environnantes. Le flux est activé par le préchauffage localisé (IR ou convection).
Préchauffage ciblé
Un système IR ou à air chaud préchauffe la zone de soudure à 100–130 °C. Réduit le ΔT et prépare les surfaces pour un mouillage optimal. Durée : 30–60 s selon la masse thermique.
Soudure par mini-vague
La buse de soudure (diamètre 3–12 mm) se déplace sous le PCB selon un programme CNC. Chaque joint est soudé individuellement avec des paramètres optimisés. Le temps de contact typique est de 2–5 s par joint.
Inspection et validation
Les joints sont inspectés par AOI ou visuellement. La traçabilité enregistre les paramètres de chaque joint. Les données alimentent le SPC pour le contrôle statistique du procédé.
"La soudure sélective a révolutionné notre façon de traiter les cartes mixtes. Avant, nous utilisions la vague avec des palettes de masquage coûteuses et sujettes à l'usure. Aujourd'hui, la sélective nous permet de souder 200 joints traversants sur une carte dense en 90 secondes, avec une répétabilité que la vague ne pouvait pas atteindre. Le taux de reprise est passé de 3 % à moins de 0,2 % sur nos lignes."
Hommer Zhao
Directeur Technique, WellPCB

Composants traversants insérés — les leads seront soudés par brasage à la vague ou sélectif
Refusion vs Vague vs Sélectif vs Manuel : Comparaison Complète
Chaque technique de brasage a son domaine d'excellence. Le choix dépend du type de composants, du volume de production, de la densité de la carte et des exigences de fiabilité. Voici un comparatif détaillé pour orienter votre décision, en complément de notre guide SMT vs THT.
| Critère | Refusion | Vague | Sélectif | Manuel |
|---|---|---|---|---|
| Composants visés | CMS (SMT) | THT | THT sur cartes mixtes | Rework, prototypes |
| Température de brasage | 217–260 °C | 250–260 °C | 260–280 °C | 300–380 °C (pointe) |
| Cadence | 60–120 s/carte | 10–30 s/carte | 60–180 s/carte | 2–10 s/joint |
| Précision | Excellente (pas < 0,3 mm) | Moyenne (pas > 1,27 mm) | Très bonne (±0,1 mm) | Variable (opérateur) |
| Répétabilité | ✔ Très haute | ✔ Haute | ✔ Très haute | ✘ Variable |
| Volume de production | Moyen à très grand | Grand volume | Moyen | Prototypes, rework |
| Coût par joint | Très faible | Très faible | Moyen | Élevé |
| Investissement équipement | 150 000–500 000 € | 100 000–300 000 € | 150 000–400 000 € | 500–5 000 € |
| Norme de référence | IPC J-STD-001 | IPC J-STD-001 | IPC J-STD-001 | IPC-7711/7721 |
Pâte à Braser et Alliages : Choisir le Bon Matériau
La pâte à braser est le cœur du procédé de refusion. Composée de 85–92 % de poudre métallique et de 8–15 % de flux, elle détermine la qualité du mouillage, la résistance mécanique et la fiabilité à long terme des joints. Depuis la directive européenne RoHS, l'industrie a massivement migré vers les alliages sans plomb, avec le SAC305 (96,5 % Sn, 3 % Ag, 0,5 % Cu) comme standard dominant.
| Alliage | Point de Fusion | RoHS | Application |
|---|---|---|---|
| Sn63/Pb37 (eut.) | 183 °C | ✘ Non | Médical/aérospatial (exempté) |
| SAC305 | 217–220 °C | ✔ Oui | Standard sans plomb, usage général |
| SAC387 | 217–219 °C | ✔ Oui | Haute fiabilité (automobile, industriel) |
| SnBi (Sn42Bi58) | 138 °C | ✔ Oui | Basse température (composants sensibles) |
| SnAgBiIn | 200–210 °C | ✔ Oui | Haute fiabilité, drop test amélioré |
10 Défauts de Brasage les Plus Courants
La maîtrise des défauts de brasage exige de comprendre leurs causes racines. Chaque défaut est lié à un ou plusieurs paramètres du procédé : profil thermique, qualité de la pâte, design des pads ou environnement. L'inspection par AOI détecte la majorité de ces défauts en ligne.
Pont de soudure (solder bridge)
Court-circuit entre pads adjacents. Causes : excès de pâte, pas trop fin, pression de squeegee insuffisante. Correction : réduire l’ouverture du stencil de 10–20 %.
Joint froid (cold joint)
Surface granuleuse, mouillage incomplet. Causes : température de refusion insuffisante, TAL trop court, oxydation des pads. Correction : augmenter la température pic ou le TAL.
Tombstone (pierre tombale)
Composant passif redressé sur un côté. Causes : déséquilibre thermique ou de volume de pâte entre les deux pads. Correction : équilibrer les pads et le dépôt de pâte.
Billes de soudure (solder balls)
Billes détachées autour des composants. Causes : humidité dans la pâte, montée en température trop rapide, stencil usé. Correction : contrôler l’humidité et la rampe de chauffage.
Vide (voiding) sous BGA
Bulles d’air emprisonnées dans le joint. Un taux de void > 25 % réduit la fiabilité thermique et mécanique. Correction : optimiser le flux et le profil, utiliser un four sous vide (vacuum reflow).
Démouillage (dewetting)
La soudure se rétracte du pad après mouillage initial. Causes : contamination de surface, oxydation, finition de surface dégradée (OSP expiré). Correction : vérifier la finition de surface et la fraîcheur de la pâte.
Tête d’oreiller (head-in-pillow)
Le joint BGA semble formé mais la bille et le pad ne fusionnent pas complètement. Causes : gauchissement de la carte ou du boîtier pendant la refusion. Correction : support de carte en four, profil soak optimisé.
Whiskers d’étain
Excroissances filiformes d’étain pouvant provoquer des courts-circuits. Phénomène aggravé avec les alliages sans plomb. Prévention : utiliser un conformal coating ou une finition matte.
Non-mouillage (non-wetting)
La soudure refuse de mouiller le pad ou le lead. Causes : oxydation sévère, contamination, finition de surface incompat. Différent du démouillage (la soudure n’adhère jamais).
Excès de soudure (excess solder)
Volume de soudure trop important formant un dôme. Risque de court-circuit avec les pads voisins. Causes : ouverture de stencil trop large, pression de squeegee excessive.
Attention : Humidité et Stockage de la Pâte à Braser
La pâte à braser doit être stockée entre 0 et 10 °C et ramenée à température ambiante 4 heures avant utilisation. Une pâte exposée à l'humidité provoque des projections lors de la refusion (solder spattering), générant des billes de soudure et des ponts. Après ouverture, la durée de vie typique est de 12 à 24 heures sur le stencil. Selon la norme IPC J-STD-005, le contrôle de l'environnement (20–25 °C, 40–60 % HR) est obligatoire dans l'atelier de sérigraphie.
Comment Choisir la Bonne Technique de Brasage
Le choix de la technique de brasage dépend de cinq facteurs clés. Dans la majorité des productions modernes, plusieurs procédés sont combinés sur une même carte : refusion pour les CMS, puis vague ou sélectif pour les traversants. Votre sous-traitant doit maîtriser les trois techniques pour une flexibilité maximale.
"Le vrai savoir-faire en brasage, c'est la maîtrise de la combinaison des procédés. Sur une carte typique automobile, nous exécutons : refusion double face pour les CMS, puis soudure sélective pour les connecteurs de puissance, le tout avec un profil qualifié selon IATF 16949. Chaque étape est tracée, chaque joint est inspecté. C'est cette approche intégrée qui différencie un sous-traitant qualifié d'un simple assembleur."
Hommer Zhao
Directeur Technique, WellPCB
Brasage Sans Plomb : Défis et Solutions
La transition vers le brasage sans plomb, imposée par la directive RoHS depuis 2006, a transformé l'industrie. Les alliages SAC (Sn-Ag-Cu) fondent à 34 °C de plus que le Sn/Pb eutectique, réduisant la fenêtre de procédé et augmentant le stress thermique sur les composants. Vingt ans plus tard, l'industrie a développé des solutions robustes.
Température plus élevée
Solution : Profils optimisés avec rampe lente, atmosphère azote pour améliorer le mouillage. Développement d’alliages basse température (SnBi, SnBiAg) pour les composants sensibles.
Fenêtre de procédé réduite
Solution : Contrôle plus précis des fours (convection forcée multi-zones, 8–12 zones de chauffage). Moniteurs de profil en temps réel avec alerte automatique en cas de dérive.
Joints granuleux (apparence)
Solution : L’aspect mat des joints SAC est normal et n’indique PAS un défaut. Former les inspecteurs à différencier les joints SAC conformes des vrais joints froids. Mettre à jour les critères AOI en conséquence.
Croissance des whiskers
Solution : Appliquer un conformal coating pour bloquer la croissance des whiskers d’étain. Sélectionner des finitions matte (matte Sn) plutôt que brillantes pour réduire le risque.
Normes et Certifications pour le Brasage PCB
Le brasage est encadré par des normes internationales qui définissent les critères d'acceptabilité, les qualifications des opérateurs et les exigences de procédé. Le respect de ces normes est un indicateur clé de la maturité d'un sous-traitant.
IPC J-STD-001
La « bible » du brasage électronique. Définit les exigences de matériaux, procédés et critères d’acceptabilité pour les joints brasés en Classe 1, 2 et 3. Complète l’IPC-A-610 pour les critères visuels.
IPC-A-610
Critères visuels d’acceptabilité des assemblages électroniques. Définit les niveaux accept/défaut pour chaque type de joint de soudure, de composant et de revêtement.
ISO 13485 + IPC
Pour les dispositifs médicaux : combine les exigences de qualité ISO 13485 avec les critères techniques IPC Classe 3. Exige la traçabilité lot-par-lot de chaque alliage et flux utilisé.
IATF 16949 + IPC
Pour l’automobile : intègre le PPAP (Production Part Approval Process) avec qualification du profil de refusion, validation de la fenêtre de procédé et SPC sur les paramètres de brasage.
FAQ : Questions Fréquentes sur le Brasage PCB
Quelle est la différence entre brasage et soudure en électronique ?
En électronique, les termes « brasage » et « soudure » sont utilisés de manière interchangeable pour désigner le même procédé. Techniquement, il s’agit de brasage tendre (soft soldering) car la température est inférieure à 450 °C. Le brasage fort (brazing, > 450 °C) n’est pas utilisé en assemblage PCB.
Peut-on mélanger des composants avec plomb et sans plomb sur la même carte ?
C’est fortement déconseillé. Les températures de fusion diffèrent (183 °C vs 217+ °C), créant un risque de joints froids ou de surchauffe. Si inévitable (remplacement de composants obsolètes), le profil doit être qualifié spécifiquement et les joints inspectés par rayons X.
Combien de fois peut-on reprendre (rework) un joint de soudure ?
La norme IPC-7711/7721 autorise généralement 3 cycles thermiques maximum pour les composants CMS et 2 pour les BGA. Au-delà, les pads risquent de se délaminer du substrat. Chaque reprise doit être documentée pour la traçabilité.
Le brasage à la vague est-il obsolète ?
Non. Bien que la proportion de composants THT diminue, de nombreux produits (alimentations, connecteurs de puissance, électronique automobile) nécessitent encore des traversants pour leur robustesse mécanique. La vague reste la méthode la plus économique pour les gros volumes THT.
Qu’est-ce que le void rate acceptable dans un joint BGA ?
Selon l’IPC-7095 (Design and Assembly Process Implementation for BGAs), le taux de void ne doit pas dépasser 25 % de la surface du joint pour la Classe 2 et 10 % pour la Classe 3. Les voids sont détectés exclusivement par inspection rayons X.
Sources et Références
- IPC — J-STD-001 Requirements for Soldered Electrical and Electronic Assemblies— Norme de référence mondiale pour le brasage électronique
- SMTA — Surface Mount Technology Association— Articles techniques et recherches sur les procédés de brasage
- Wevolver — Demystifying Soldering Techniques— Comparaison détaillée des techniques de brasage

