Un atelier peut afficher un rendement final proche de 100 % et rester pourtant fragile. Il suffit de beaucoup de tri, de retouches et de tests repetes. Le first pass yield, ou FPY, corrige cette illusion: il mesure le pourcentage de cartes qui traversent la fabrication et le controle sans reprise. Pour une equipe qui gere de l'assemblage SMT, du PCB assembly et des lots NPI, c'est l'indicateur le plus direct pour relier qualite, cadence et cout cache.
Le sujet ne se limite pas a une formule. Un bon FPY depend du depot de pate, de la stabilite machine, de la gestion MSL, du plan de test, de la discipline FAI et de la facon dont les donnees sont lues. Une ligne qui suit seulement l'AOI finale peut rater la cause racine. Une ligne qui relieSPI,AOI etICTau meme dashboard peut souvent recuperer 2 a 5 points de FPY sans nouvel equipement majeur.
98 %
Cible serie stable
Reference mature sans derive notable
3 a 5 pts
Gain possible
Apres correction des 2 premieres causes
< 24 h
Boucle utile
Pour fermer une action sur top defaut
1,33+
Cpk process vise
Sur caracteristiques critiques repetees
“Quand une reference tombe de 98,7 % a 96,9 % de FPY, je ne regarde pas d abord le nombre total de cartes bonnes en fin de journee. Je regarde quelle etape a casse la repetabilite, quel lot a change et si la retouche est devenue une habitude. Deux points perdus peuvent effacer la marge d un programme.”
1. Ce que mesure vraiment le first pass yield
La formule de base est simple: FPY = cartes bonnes du premier coup / cartes lancees x 100. La difficulte est dans la definition de "bonnes du premier coup". Une carte qui passe apres reprise, apres seconde refusion ou apres correction manuelle ne compte pas dans le FPY. C'est justement l'interet de l'indicateur: separer la prevention de la correction.
Ce point devient critique sur les projets a faible volume et forte diversite. Une equipe peut croire que la ligne est maitrisee parce que le client recoit tout son lot. Pourtant, si 8 % des cartes passent au rework, vous avez deja un probleme de capacite, de cout et parfois de fiabilite. La retouche ajoute de la manutention, augmente les risques thermiques et charge l'equipe qualite. Cela vaut encore plus pour les boitiers caches, les cartes haute densite ou les produits lies al'industrialisation NPI.
Pour cadrer le sujet, vous pouvez rapprocher le FPY des logiques de statistical process controlet des criteres IPC appliques a l'assemblage electronique via IPC. Le but n'est pas de chasser un chiffre abstrait, mais de rendre la ligne previsible.
2. Quels seuils de FPY sont utiles selon le contexte
Il n'existe pas un chiffre universel valable pour tout le monde. Un prototype tres dense avec BGA et plusieurs revisions de firmware ne se juge pas comme une reference SMT mature produite chaque semaine. En revanche, il existe des zones d'alerte. Sous 95 % hors phase de lancement, la perte commence souvent a devenir visible en temps qualite et en retouches. Entre 96 % et 98 %, la ligne est en general exploitable mais doit encore stabiliser ses causes recurrentes. Au-dessus de 98 %, le pilotage se joue sur les derives fines, les lots et la discipline de setup.
| Contexte | FPY cible | Point a surveiller | Risque principal | Action utile |
|---|---|---|---|---|
| Prototype NPI complexe | 92 a 96 % | SPI, AOI, erreurs feeder, profil refusion | Iterations rapides et references nouvelles | Boucle quotidienne entre qualite, process et design |
| Petite serie industrielle | 96 a 98 % | Stabilite stencil, faux appels AOI, MSL, programmation | Mix produit eleve et changements frequents | FAI, verrouillage setup et checklists de changement |
| Serie recurrente SMT | 98 a 99,5 % | Derives lentes, usure outillage, lots composants | Baisse progressive invisible si on suit seulement le PPM | SPC et revues hebdomadaires par reference |
| BGA ou QFN a pad thermique | 97 a 99 % | Volume de pate, voiding, plan de controle rayons X | Defauts caches non vus en inspection simple | Corriger stencil, profil et verification X-ray ciblee |
| Medical ou electronique critique | >= 99 % | Traçabilite, nettoyage, limites process et test | Retouche excessive et variabilite de fiabilite terrain | Priorite a la prevention plutot qu au tri final |
| Assemblage mixte SMT + THT | 95 a 98 % | Sequence de brasage, manutention et reprises manuelles | Defauts introduits en aval de la ligne SMT | Separer le FPY par etape et par atelier |
Le bon reflexe consiste aussi a separer le FPY par reference et par etape. Si vous melangez dans la meme moyenne une carte simple 2 couches et une carte HDI avec QFN, vous perdez l'information actionnable. Le chiffre global doit servir de direction; les sous-indicateurs doivent servir a decider.
“Une usine qui annonce 99 % de rendement final mais ne sait pas dire combien de cartes ont ete reprises, sur quelle etape et par quel top defaut ne pilote pas son process. Elle pilote sa capacite a corriger apres coup, ce qui est tres different.”
3. Les pertes de FPY qui reviennent le plus souvent
Les pertes ne sont pas toujours spectaculaires. Souvent, elles apparaissent comme un bruit de fond: quelques manques de pate, des offsets de placement, une bibliotheque AOI trop sensible, un lot MSL mal gere ou des reprises manuelles qui se normalisent. Le tableau ci-dessous sert a relier symptome, poste de controle et type de verification concrete.
| Symptome | Cause probable | Poste cle | Controle concret | Impact |
|---|---|---|---|---|
| Ponts de soudure et manque de pate | Stencil, nettoyage insuffisant, pate vieillissante | Impression / SPI | Volume cible +/-10 a 15 %, decalage, underside wipe | Rework immediat, faux demarrages de ligne |
| Composants absents ou deplaces | Feeder, aspiration, offset ou bibliotheque | Placement / AOI pre-post | Verification premiere carte, top defauts par reference | Retouches repetitives et ralentissement cadence |
| Tombstoning ou skew 0402/0201 | Desequilibre thermique ou depot asymetrique | Refusion | Profil four, stencil reduction et orientation | Perte de FPY sur petites tailles tres visible |
| BGA ouverts ou voiding excessif | Profil, humidite composant, design pad | Rayons X / test electrique | MSL, temps hors sachet, X-ray par lot critique | Defaut cache couteux et tardif |
| Pannes ICT ou FCT intermittentes | DFT faible, connectique test ou alimentation instable | ICT / FCT | Couverture test, accessibilite nets, logs de debug | Temps diagnostic long, FPY artificiellement bas |
| Hausse retouches apres changement lot | Variation composant, substitution ou stockage | Supply chain / ligne complete | Lot/date code, reel, validation alternative | Derive brutale alors que la machine semble stable |
4. Comment gagner des points de FPY sans tricher avec la retouche
La premiere action rentable reste souvent en amont de la refusion. Sur une ligne SMT, quelques pourcents de derive sur le volume de pate ou un mauvais cycle de nettoyage de pochoir peuvent suffire a faire monter les ponts et les manques. C'est pourquoi les gains rapides viennent souvent d'une meilleure discipline d'impression, d'une verification premiere carte stricte et d'un lien clair entre SPI et defect pareto.
Ensuite, il faut traiter la repetabilite. Un programme pick and place excellent sur la reference A peut perdre sa robustesse sur la reference B si la bibliotheque, l'orientation ou la tenue mecanique du panel changent. Les equipes les plus stables gelent les parametres apres validation, suivent les lots composants, imposent des checklists de changement et ouvrent une revue si le FPY baisse pendant deux lots consecutifs. Sur les produits a test dense, le lien avectesting & validationet ICTest essentiel: sinon un probleme DFT peut etre pris a tort pour un probleme process.
Enfin, il faut resister a la tentation de normaliser la retouche. Une station de reprise performante est utile, mais elle ne doit pas devenir la vraie ligne d'assemblage. Si une meme reference demande chaque semaine les memes corrections manuelles, le vrai travail est de corriger le stencil, le profil, la programmation ou la conception. Des outils comme le calculateur PCBAaident a cadrer le cout, mais le levier le plus fort reste encore la prevention des reprises.

Un FPY solide apparait quand l impression, le placement, la refusion et le test partagent les memes causes racines et non quatre tableaux separes.
“Le plus grand levier n est pas toujours une nouvelle machine. C est souvent la qualite de la boucle quotidienne entre process, qualite, maintenance et engineering. Quand cette boucle tient en moins de 24 heures, les derives de rendement ne deviennent pas des habitudes d atelier.”
5. Le tableau de bord minimum pour piloter le FPY
Un bon tableau de bord ne comporte pas 40 indicateurs. Il relie 5 a 8 mesures entre elles: FPY par reference, top defauts, taux de retouche, faux appels AOI, couverture de test, temps moyen de diagnostic et statut des actions. Si vous voulez aller plus loin, ajoutez Cp/Cpk sur les etapes critiques et une segmentation par equipe ou par ligne. Le reste peut attendre.
Pour les programmes automobiles ou critiques, les exigences sont encore plus strictes. Les logiques de capabilite, de PPAP et de surveillance continue rappellent que le rendement doit etre prouve dans la duree et non declare une fois pour toutes. Meme hors automobile, cette discipline reste tres utile pour les projets industriels repetitifs, les box builds, ou les cartes de puissance avec BGA/QFN sensibles.
FPY par reference et par lot, mis a jour chaque jour de production.
Pareto des 3 premiers defauts avec responsable et date de cloture.
Taux de retouche et temps moyen de reprise par famille de defauts.
Faux appels AOI et couverture test reelle sur les cartes critiques.
Statut des changements lot composants, stencil, programme et profil.
6. Relier le FPY au cout reel du programme
Beaucoup d'equipes suivent encore le FPY comme un indicateur qualite separe du business. C'est une erreur. Chaque point perdu se traduit en heures de rework, en immobilisation de lots, en nouveaux tests, en consommation de composants et parfois en retard d'expedition. Sur une reference recurrente de quelques milliers de cartes par trimestre, passer de 99 % a 96,5 % de FPY peut representer des dizaines d'heures d'atelier supplementaires sans aucune valeur ajoutee pour le client final.
Le bon pilotage consiste donc a relier le FPY a trois questions concretes: quel est le cout moyen d'une reprise, quel est le temps de cycle additionnel par defaut et quel est l'impact sur la fiabilite selon la technologie du produit. Une retouche sur carte simple n'a pas le meme poids qu'une reprise sur BGA, sur une carte medicale ou sur un sous-ensemble destine a du box build. Quand ces couts sont visibles, les arbitrages sur pochoir, test ou revue DFM deviennent beaucoup plus rationnels.
C'est aussi pour cette raison que les meilleurs ateliers rapprochent le FPY de l'OTD, du PPM expédie et du temps de cloture des actions correctives. Un rendement premiere passe qui remonte mais laisse les problemes ouverts pendant trois semaines n'est pas encore un process robuste. En revanche, une ligne qui tient ses gains pendant plusieurs lots, sans gonfler les faux appels AOI ni la retouche aval, construit une vraie stabilite industrielle.
FAQ : Questions frequentes sur le FPY PCB
Quel first pass yield est considere comme bon en assemblage PCB ?
Pour une serie SMT mature, beaucoup d'equipes visent 98 % a 99,5 % de FPY. En NPI ou sur une reference dense avec BGA, 92 % a 96 % peut rester acceptable temporairement si un plan d'action ferme existe. En dessous de 95 % hors lancement, il faut en general ouvrir une revue process formelle.
Quelle difference entre FPY, rendement final et taux de defaut ?
Le FPY mesure la part des cartes bonnes du premier coup, sans retouche. Le rendement final peut remonter a 99 % apres rework, ce qui masque parfois une ligne instable. Le taux de defaut en ppm regarde les non-conformites livrees; il est utile, mais arrive trop tard pour piloter les pertes internes.
Le rework ameliore-t-il vraiment le rendement ?
Il ameliore le rendement final, pas le FPY. Une ligne qui livre 99,5 % apres retouche mais ne tient que 94 % de FPY consomme deja trop d'heures qualite, augmente la variabilite et fragilise la fiabilite sur les cartes critiques. Le bon objectif est de retirer la cause racine avant que le rework devienne normal.
Quels KPI faut-il suivre avec le FPY ?
Les plus utiles sont souvent le taux de retouche, les faux appels AOI, les defauts par million, la couverture ICT/FCT, le temps moyen de diagnostic et quelques indicateurs SPC comme Cp ou Cpk sur l'impression de pate. Sans ces KPI, un FPY global ne dit pas ou agir.
Pourquoi une petite serie high-mix perd-elle souvent plus de FPY ?
Parce qu'elle cumule changements de references, bibliotheques machine, feeders, programmes AOI et variantes composants. Meme avec un volume de 20 a 200 cartes, chaque changement ajoute un risque de setup. Des checklists FAI et un gel strict des parametres reduisent souvent plusieurs points de perte.
Quand faut-il separer le FPY par etape de production ?
Dès qu'une carte passe par plusieurs ateliers: SPI, placement, refusion, THT, selective soldering, ICT et FCT. Un FPY unique peut cacher un atelier fautif. Suivre au moins 3 niveaux, par ligne, par reference et par etape, aide a localiser les pertes en moins de 24 heures.
Conclusion pratique
Le FPY utile n'est pas un chiffre isole. C'est un langage commun entre impression, placement, refusion, inspection, test et NPI. Si votre usine suit ce chiffre par reference, identifie les deux causes principales et ferme chaque action en moins d'une semaine, le rendement gagne en general plus vite que par n'importe quel achat de machine non cible.
Sources et references
- Statistical process control— Base utile pour relier capabilite, derive et actions correctives.
- IPC (electronics)— Contexte des standards utilises en fabrication et assemblage electronique.
- Surface-mount technology— Vue d ensemble du process SMT auquel le FPY est le plus souvent rattache.

