Un faisceau de câbles automobile contient entre 500 et 3 000 sertissages individuels. Un seul sertissage défectueux peut provoquer une panne intermittente impossible à localiser sans démonter l'ensemble du faisceau. Dans l'aéronautique et le médical, cette défaillance met des vies en danger. Le sertissage représente la méthode de connexion la plus répandue en production électronique parce qu'il est rapide, reproductible et ne modifie pas la structure cristalline du cuivre — contrairement au brasage qui chauffe le métal au-delà de 200 °C.
Ce guide détaille chaque étape du processus de sertissage, les outils nécessaires, les critères de qualité selon la norme IPC/WHMA-A-620, et les erreurs qui envoient des lots entiers au rebut.
Sertissages par faisceau automobile
Tolérance hauteur de sertissage
Force de traction min. fil 0,5 mm²
Temps de cycle sertissage automatique
1. Principe du Sertissage Électrique
Le sertissage crée une connexion électrique et mécanique par déformation plastique d'un terminal métallique autour d'un conducteur. Les matrices de l'outil de sertissage compriment le fût du terminal selon un profil géométrique précis — en B, en F, en hexagone ou en carré — qui force le contact intime entre les surfaces métalliques du fil et du terminal.
Cette déformation brise la couche d'oxyde naturelle du cuivre et crée ce que les métallurgistes appellent une soudure à froid (cold weld). Les atomes de cuivre du fil et du terminal forment des liaisons métalliques directes sans apport de chaleur. Le résultat est une connexion dont la résistance électrique se mesure en micro-ohms et dont la tenue mécanique dépasse souvent la résistance du fil lui-même.
Sertissage vs Soudure : différences fondamentales
- Pas de chaleur — la structure cristalline du cuivre reste intacte
- Connexion gaz-étanche — résiste à la corrosion dans le temps
- Résistance aux vibrations — la liaison mécanique absorbe les contraintes
- Reproductibilité — chaque sertissage est identique avec le bon outil
2. Types de Terminaux et Cosses à Sertir
Le terminal détermine le profil de sertissage, l'outil nécessaire et les critères d'acceptation. Chaque famille de terminaux répond à un besoin spécifique en matière de densité, de courant ou d'environnement.
| Type de terminal | Section typique | Application | Profil de sertissage |
|---|---|---|---|
| Cosse à fourche (spade) | 0,5 – 6 mm² | Bornier à vis, tableau électrique | En B ou en F |
| Cosse à œil (ring) | 0,5 – 50 mm² | Mise à la terre, connexion boulonnée | En B ou en F |
| Terminal à languette (blade) | 0,5 – 6 mm² | Connexion débrochable, automobile | En B |
| Contact de connecteur (pin/socket) | 0,08 – 2,5 mm² | Connecteurs Molex, JST, Tyco | En B ou hexagonal |
| Embout de câblage (ferrule) | 0,25 – 50 mm² | Bornier à ressort, automate | Carré ou trapézoïdal |
| Cosse bout à bout (butt splice) | 0,5 – 10 mm² | Raccordement fil-fil | En B ou en F |
Les terminaux automobile (série TE Connectivity MCON, Aptiv Metri-Pack) et les contacts de connecteurs miniatures exigent des outils de sertissage spécifiques fournis ou certifiés par le fabricant du terminal. Utiliser un outil générique sur ces terminaux produit des connexions non conformes, même si elles paraissent visuellement correctes.
« La règle d'or du sertissage : un terminal, un outil, un réglage. Chaque combinaison terminal-fil possède une hauteur de sertissage cible et une matrice dédiée. Contourner cette règle revient à jouer à la roulette avec la fiabilité de votre produit. »
Hommer Zhao
Directeur Technique, WellPCB
3. Outils de Sertissage : Manuel, Semi-Automatique et Automatique
Le choix de l'outil dépend du volume de production, de la précision requise et du type de terminal. Un prototype de 10 pièces et une série de 100 000 faisceaux n'appellent pas le même équipement.
Pince à sertir manuelle
Les pinces manuelles professionnelles intègrent un mécanisme à cliquet (ratchet) qui empêche l'ouverture des mâchoires avant que la compression complète soit atteinte. Cette caractéristique élimine le sous-sertissage, l'erreur la plus fréquente en production manuelle. Les modèles de qualité industrielle (Knipex, Weidmüller, TE Connectivity) coûtent entre 150 et 500 €, un investissement rentabilisé dès les premiers lots.
Les pinces sans cliquet — vendues en grande surface de bricolage pour moins de 20 € — ne garantissent aucune répétabilité. La force appliquée varie selon l'opérateur, l'angle de préhension et la fatigue. Pour du prototypage occasionnel, elles peuvent dépanner. Pour de la production, elles sont à proscrire.
Presse de sertissage semi-automatique
Une presse de sertissage (bench press) combine un applicateur (die set) interchangeable et un mécanisme pneumatique ou mécanique à levier. L'opérateur insère le fil et le terminal, puis déclenche le cycle. La force et la course sont calibrées par l'applicateur. Des cadences de 300 à 600 sertissages par heure sont courantes. Un moniteur de force de sertissage (CFM, Crimp Force Monitor) peut être ajouté pour détecter en temps réel les sertissages hors tolérance.
Machine de sertissage automatique
Les machines entièrement automatiques (Komax Alpha, Schleuniger CrimpCenter) dénudent, coupent et sertissent en un seul cycle de moins d'une seconde. Elles intègrent une caméra de vision et un CFM sur chaque sertissage. L'investissement dépasse 50 000 €, mais la cadence atteint 5 000 à 8 000 fils par heure avec un taux de défaut inférieur à 50 ppm. Ces machines sont la norme dans les usines de faisceaux de câbles certifiées IATF 16949.
| Critère | Manuel (cliquet) | Semi-automatique | Automatique |
|---|---|---|---|
| Cadence | 60 – 120 /h | 300 – 600 /h | 5 000 – 8 000 /h |
| Investissement | 150 – 500 € | 2 000 – 10 000 € | 50 000 – 200 000 € |
| Répétabilité | Bonne (avec cliquet) | Très bonne | Excellente (< 50 ppm) |
| CFM intégré | Non | En option | Standard |
| Usage typique | Prototype, réparation | Petite série (100 – 5 000) | Grande série (> 5 000) |
4. Processus de Sertissage Étape par Étape
Que vous utilisiez une pince manuelle ou une presse semi-automatique, la séquence reste identique. Chaque étape a un impact direct sur la qualité de la connexion finale.
1Sélection du terminal et du fil
Vérifiez la compatibilité terminal-fil : la section du fil (AWG ou mm²) doit correspondre à la plage indiquée sur la fiche technique du terminal. Un fil de 1,5 mm² dans un terminal prévu pour 0,5 – 1 mm² ne rentrera pas dans le fût. Un fil de 0,5 mm² dans un terminal de 1 – 2,5 mm² sera sous-comprimé.
2Dénudage du fil
Dénudez la longueur exacte spécifiée par le fabricant du terminal (en général 3 à 8 mm). Utilisez une pince à dénuder calibrée pour ne pas entailler les brins de cuivre. Un seul brin coupé réduit la section effective du conducteur et crée un point chaud sous charge. Coupez perpendiculairement à l'axe du fil pour que tous les brins aient la même longueur.
3Insertion du fil dans le terminal
Insérez le fil dénudé dans le fût conducteur du terminal jusqu'à ce qu'il dépasse légèrement de la fenêtre d'inspection (0,5 à 1 mm). Tous les brins doivent se trouver à l'intérieur du fût — aucun brin ne doit s'échapper sur le côté. Le fût d'isolation (quand il existe) doit recouvrir la gaine isolante du fil, pas le cuivre nu.
4Positionnement dans l'outil
Placez l'ensemble terminal-fil dans la matrice de sertissage en vous assurant que le fût est centré sous le poinçon. Un décalage latéral de 0,5 mm suffit à produire un sertissage asymétrique, acceptable en Classe 1 IPC mais refusé en Classe 3.
5Sertissage
Actionnez l'outil en un mouvement complet. Avec une pince à cliquet, fermez les poignées jusqu'au déclic de libération — ne forcez jamais l'ouverture avant ce déclic. Avec une presse, laissez le cycle se terminer. La compression doit être franche et unique. Ne jamais resertir un terminal déjà serti : la norme IPC-A-620 l'interdit formellement car le métal fragilisé risque de se fissurer.
6Inspection et validation
Inspectez le sertissage terminé : fil visible dans la fenêtre d'inspection, fût uniformément compressé sans fissure, pas de brins exposés. Effectuez un test de traction sur le premier sertissage de chaque lot et à chaque changement d'applicateur.

« En 15 ans de production de faisceaux, la cause n°1 de retour client reste le sertissage sous-comprimé. L'opérateur pense que le terminal est serti parce qu'il tient quand il tire dessus avec les doigts. Le test de traction calibré raconte une autre histoire : la force mesurée atteint 30 % de la valeur minimale IPC. »
Hommer Zhao
Directeur Technique, WellPCB
5. Contrôle Qualité du Sertissage selon IPC-A-620
La norme IPC/WHMA-A-620 définit trois classes de produit avec des critères d'acceptation de plus en plus stricts. Le sertissage est couvert dans la section 5 de la norme.
Inspection visuelle
Critères d'acceptation
- • Fil visible dans la fenêtre d'inspection
- • Fût de sertissage sans fissure ni déchirure
- • Isolation non pincée ni coupée
- • Pas de brins à l'extérieur du fût
- • Sertissage centré sur le fût
- • Ailettes du fût refermées uniformément
Critères de refus
- • Brins exposés hors du fût conducteur
- • Fissure visible sur le fût serti
- • Fil non visible dans la fenêtre d'inspection
- • Terminal re-serti (double sertissage)
- • Isolation sertie dans le fût conducteur
- • Sertissage réalisé sur l'isolation seule
Mesure de hauteur de sertissage
La hauteur de sertissage (crimp height) est la mesure la plus fiable de la qualité d'un sertissage. Le fabricant du terminal spécifie une valeur cible avec une tolérance de ±0,1 mm. Un micromètre à plateau est utilisé pour mesurer la section transversale du fût après compression. Une hauteur trop grande signifie un sous-sertissage (connexion lâche), une hauteur trop faible un sur-sertissage (métal fragilisé).
Test de traction (pull test)
Le test de traction vérifie la tenue mécanique du sertissage. L'opérateur applique une force axiale progressive jusqu'à la valeur minimale spécifiée par IPC-A-620 (en fonction de la section du fil et du type de terminal), puis maintient cette force pendant 10 secondes. Si le fil se décroche ou si le terminal se déforme, le sertissage est refusé.
| Section du fil | AWG | Force min. (N) | Force min. (kgf) |
|---|---|---|---|
| 0,22 mm² | 24 | 22 | 2,2 |
| 0,50 mm² | 20 | 50 | 5,1 |
| 1,0 mm² | 18 | 80 | 8,2 |
| 1,5 mm² | 16 | 100 | 10,2 |
| 2,5 mm² | 14 | 135 | 13,8 |
| 4,0 mm² | 12 | 180 | 18,4 |
Valeurs indicatives basées sur IPC/WHMA-A-620. Les valeurs exactes dépendent du type de terminal et du fabricant. Consultez toujours la spécification du terminal pour les valeurs applicables.
6. Les 8 Erreurs de Sertissage les Plus Courantes
Ces défauts représentent plus de 90 % des rebuts liés au sertissage dans les lignes de production de câbles assemblés. Chacun est détectable visuellement ou par mesure, à condition de savoir quoi chercher.
1. Sous-sertissage (under-crimp)
Hauteur trop grande, compression insuffisante. Le fil peut être arraché à la main. Cause principale : outil usé ou mauvaise matrice.
2. Sur-sertissage (over-crimp)
Hauteur trop faible, métal du fût fissuré ou déchiré. La connexion casse sous vibration. Cause : outil mal réglé ou terminal inadapté à la section du fil.
3. Brins échappés (stray strands)
Un ou plusieurs brins de cuivre sortent du fût de sertissage. Risque de court-circuit avec un terminal adjacent. Cause : dénudage irrégulier ou insertion hâtive.
4. Dénudage trop court (insufficient strip)
Le fil ne dépasse pas dans la fenêtre d'inspection. Toute la section du conducteur n'est pas captée par le fût. La tenue mécanique est réduite de 30 à 50 %.
5. Dénudage trop long (excessive strip)
Du cuivre nu dépasse au-delà du terminal. Risque de court-circuit en environnement vibratoire. Le fil peut toucher un terminal voisin dans un connecteur multi-voies.
6. Isolation sertie dans le fût conducteur
L'isolation est prise dans la zone de compression conductrice. La résistance électrique augmente, la tenue mécanique diminue. La connexion chauffe sous charge.
7. Fil pré-étamé (tinned wire)
La soudure est plus molle que le cuivre. Sous la pression constante du sertissage, elle flue (cold flow) et la connexion se desserre progressivement. Interdit par IPC-A-620.
8. Double sertissage (re-crimp)
Resertir un terminal déjà comprimé fragilise le métal par écrouissage excessif. Le fût peut se fissurer immédiatement ou en service. La norme impose de jeter le terminal et recommencer.
7. Moniteur de Force de Sertissage (CFM)
Le CFM (Crimp Force Monitor) est un capteur piézoélectrique monté sur la presse de sertissage qui enregistre la courbe force-déplacement de chaque sertissage. Cette courbe est comparée en temps réel à une courbe de référence (golden sample). Toute déviation — fil manquant, brins coupés, terminal mal positionné, matrice usée — produit une courbe anormale qui déclenche un arrêt machine.
Le CFM détecte des défauts invisibles à l'œil nu. Un sertissage avec 3 brins coupés sur 19 passera l'inspection visuelle mais échouera au CFM parce que la force maximale sera inférieure de 15 % à la référence. Pour la production en série de faisceaux industriels et automobiles, le CFM est considéré comme indispensable.
« Nous avons installé des CFM sur chaque presse de notre usine de Shijiazhuang en 2019. Le taux de retour client pour défaut de sertissage est passé de 1 200 ppm à 18 ppm en six mois. L'investissement a été amorti en moins d'un an par la seule réduction des coûts de garantie. »
Hommer Zhao
Directeur Technique, WellPCB
8. Sertissage par Secteur d'Application
Les exigences de sertissage varient selon l'environnement d'utilisation. Un sertissage pour un appareil électroménager et un sertissage pour un implant médical n'obéissent pas aux mêmes critères.
Automobile
- • Classe 3 IPC-A-620 obligatoire
- • CFM sur 100 % de la production
- • Terminaux résistant à −40 °C / +125 °C
- • Test de vibration selon LV 214
- • Traçabilité lot par lot
Médical
- • Classe 3 IPC-A-620 + ISO 13485
- • Sertissage en salle blanche pour implantables
- • Matériaux biocompatibles (pas de plomb)
- • Documentation complète par sertissage
- • Validation IQ/OQ/PQ des outils
Aéronautique & Défense
- • Norme SAE AS7928 (ex-MIL-STD-1130)
- • Outils calibrés avec certificat traçable
- • Contacts dorés ou nickelés
- • Inspection microscopique par lot
- • Tenue vibratoire MIL-STD-810
Industriel & IoT
- • Classe 2 IPC-A-620 standard
- • Embouts de câblage pour borniers à ressort
- • Test de traction par échantillonnage
- • Connecteurs M8/M12 pour IoT industriel
- • IP67 avec gaine thermorétractable
9. Entretien et Calibration des Outils
Un outil de sertissage s'use. Les matrices perdent leur géométrie après plusieurs milliers de cycles. La norme IPC-A-620 impose une calibration périodique des outils et un plan de maintenance documenté.
Fréquence de calibration recommandée
- Pince manuelle — calibration annuelle + vérification visuelle avant chaque usage
- Presse semi-auto — calibration semestrielle + test de traction au début de chaque poste
- Machine automatique — calibration trimestrielle + CFM continu sur chaque sertissage
- Applicateurs — remplacement après le nombre de cycles spécifié par le fabricant (typiquement 250 000 à 500 000)
Questions Fréquentes sur le Sertissage
Quelle est la différence entre sertissage et soudure pour les fils ?
Le sertissage crée une connexion mécanique par déformation plastique du métal, sans chaleur. La soudure fond un alliage pour lier fil et terminal. Le sertissage est plus rapide, plus reproductible en série, et résiste mieux aux vibrations. La soudure offre une résistance électrique légèrement inférieure mais fragilise la connexion en environnement vibratoire.
Comment savoir si un sertissage est correct ?
Trois contrôles : inspection visuelle (brins, fût, isolation), test de traction (force conforme aux tableaux IPC-A-620) et mesure de hauteur de sertissage au micromètre (tolérance ±0,1 mm par rapport à la spécification du fabricant).
Peut-on sertir avec une pince universelle ?
Non pour de la production. Une pince universelle ne produit pas un profil conforme. Les pinces professionnelles possèdent des matrices calibrées pour chaque type et taille de terminal. Un sertissage avec un outil générique est inacceptable en Classe 2 et 3 IPC-A-620.
Faut-il étamer un fil avant de le sertir ?
Non. La norme IPC-A-620 interdit l'étamage avant sertissage. La soudure est plus molle que le cuivre et se déforme sous la pression constante (cold flow), ce qui desserre progressivement la connexion et provoque des défaillances intermittentes.
Quelle longueur de dénudage pour un sertissage correct ?
La longueur doit correspondre exactement au fût conducteur du terminal (3 à 8 mm selon le modèle). Le fil doit dépasser de 0,5 à 1 mm dans la fenêtre d'inspection. Trop court : brins non captés. Trop long : risque de court-circuit.
Sources et Références
- [1] Crimp (electrical) — Wikipedia — Principes du sertissage électrique, types de terminaux et normes applicables
- [2] IPC/WHMA-A-620 Requirements for Crimped Terminations — SuperEngineer — Critères d'acceptation IPC-A-620 section 5
- [3] Guide to Crimp Quality Testing — Multi-Tek — Tests de traction, CFM et contrôle qualité du sertissage
- [4] Key Factors for Achieving Good Crimp Quality — ViolinTec — Facteurs clés pour un sertissage de qualité en production série

